A Liège, Wathelet ressuscite le cdH

28/03/14 à 15:33 - Mise à jour à 15:33

Source: Le Vif

Le premier des trois débats "élections 2014" organisé dans les universités par Guido, les cercles d'étudiants et le Vif/L'Express avait lieu ce jeudi 27 mars à la Haute Ecole commerciale (HEC, ULg) de Liège. Face aux étudiants, c'est Melchior Wathelet qui s'est montré le plus convaincant.

A Liège, Wathelet ressuscite le cdH

© D.R.

Plus de 250 étudiants étaient présents à l'auditoire ArcelorMital, dans les bâtiments de HEC, pour questionner les représentants des 4 partis siégeant au Parlement wallon : Christine Defraigne (tête de liste liégeoise MR à la Région pour les élections du 25 mai), Muriel Gerkens (tête de liste liégeoise Ecolo à la Chambre), Jean-Claude Marcourt (tête de liste liégeoise PS à la Région) et Melchior Wathelet (tête de liste liégeoise cdH à la Chambre). Organisé par l'Assoc et Guido, le débat était modéré et animé par Pierre Havaux, journaliste politique au Vif/L'Express. Il était demandé aux étudiants de choisir, par vote électronique, avant le début du débat, le parti pour lequel ils pensaient voter dans deux mois. Verdict : MR 70 %, Ecolo 11% ; cdH 8%, PS 5 %, Autres 3%, Blanc ou abstention : 3%. Ils étaient avertis qu'on leur redemanderait un vote après le débat.

D'emblée, les quatre invités ont chacun assuré que "les jeunes" sont la "priorité" de leurs partis respectifs, :

- "Enseignement, formation, lancement de nouvelles économies. Pour nous, pas question de laisser les jeunes de côtés !" (Muriel Gerkens)

- "Notre préoccupation majeure, c'est le taux de chômage, interpellant, des jeunes. Il faut retourner aux fondamentaux de l'enseignement." (Christine Defraigne)

- "90 % de ceux qui sont ici trouveront un travail, grâce à leur diplôme. Mais ceux qui n'en ont pas auront les pires difficultés. Il faut donc rendre notre enseignement fondamental et obligatoire moins inégalitaire." (Jean-Claude Marcourt)

- "Notre coalition, c'est celle des jeunes. En matière d'emploi, de logement, d'enseignement supérieur. La jeunesse, c'est notre priorité numéro un." (Melchior Wathelet).

Quels espoirs socio-économiques, pour ces jeunes ? Ce gouvernement fédéral n'a-t-il pas décidé de faire la chasse aux chômeurs plutôt que de lutter contre le chômage ? Réponses plus nuancées.

"Demander de chercher un emploi, c'est normal. Les allocations de chômage ne sont pas là pour qu'on n'essaie pas de trouver du travail. Mais, évidemment, celui qui cherche effectivement un emploi ne doit pas être sanctionné. Nous sommes donc prêts à revenir sur cette mesure. Comme le SP.A et le cdH. Cela dit, nous n'avons pas créé assez d'emploi, mais nous avons augmenté le nombre de Wallons qui ont un travail. Il faut donc aller plus loin : nous voulons plus de jeunes diplômés, plus de stages, plus de formation, pour les insérer beaucoup plus rapidement dans le monde du travail." (Marcourt)

"C'est plus facile d'attaquer les jeunes chômeurs que le chômage ? Non ; Votre question est perverse et orientée. La mesure décidée pour limiter dans le temps les allocations de chômage et pour augmenter leur dégressivité équivaut à remettre les pendules à l'heure, pour janvier 2015. On n'allait pas attendre les bras ballants. Mais à côté de ça, il faut plus d'accompagnement, plus de stages. Nous demandons un accompagnement du jeune dès après l'école. Et, pour stimuler l'action du marché de l'emploi, nous proposons de nouvelles mesures en faveur des entreprises, des PME et une réforme fiscale, pour faciliter l'embauche des jeunes. "(Defraigne)

"On demande, avec cette réforme du chômage, que les jeunes fournissent des efforts, comme tout le reste de la population. Oui, cette réforme vise à pousser tout le monde à chercher de façon plus active du boulot. C'est normal. Moins à cherchera un emploi moins on sera soutenu. Mais la sanction est trop lourde pour ceux qui ne trouveraient pas un emploi alors qu'ils en réellement cherché. C'est pour ça que je suis prêt à ce qu'on aménage différents éléments de cette réforme. Par ailleurs, le cdH propose la suppression de la cotisation sociale pour le 1er emploi, parce que c'est le rôle de l'Etat de soutenir les efforts de l'employeur et du chercheur d'emploi." (Wathelet)

"Ce gouvernement fédéral a mené une politique d'exclusion des plus faibles, donc des jeunes. Il fallait travailler davantage avec les Régions, pour l'accompagnement, mais on se retrouve dans une situation où le Forem se basera sur des questionnaires stéréotypés pour exclure les jeunes des allocations de chômage." (Gerkens)

Guillaume, 2e Bac SciencesPo, interpelle Marcourt : "Etes-vous favorable à un examen d'entrée en Médecine et dans les autres facultés ?" Réponse : "C'est le MR qui a soutenu cet examen d'entrée en médecine. Nous, nous ne plaidons pas pour des filtres entre le secondaire et le supérieur ou l'universitaire. Parce qu'ils consacrent les inégalités générées par l'enseignement obligatoire. Je crois en la remédiation, l'accompagnement et l'évaluation, qui garantissent, eux l'excellence. Il faut donc aussi améliorer la qualité générale de l'enseignement, pour qu'il soit moins inégal."

Les autres embraient :

"Nous sommes adversaires du numérus clausus, mais nous prônons un test d'aptitude à la fin du secondaire, un examen d'entrée en Médecine et sa suppression en Ingénieur. Mais surtout, une vraie réforme pour qu'on oriente vers les filières qui conviennent à l'élève. Qu'il évite de se perdre dans des filières qui ne le mènent à rien." (Defraigne)

"Nous sommes contre les examens d'entrée, à cause des inégalités entre étudiants, qui sont fonctions de l'école où ils ont suivi leurs secondaires." (Gerkens)

"Un examen d'entrée : non. Un bac : oui. Il faut plus de profs, simplifier les réseaux et plus de soutien aux écoles en difficultés, plus de soutien à l'organisation de ces écoles." (Wathelet)

Presque tout le reste des deux heures de débat s'est articulé autour de questions liées à l'enseignement. Sur le décret Marcourt (les rapprochements universités et hautes écoles), le refinancement de l'enseignement supérieur, l'ouverture de cet enseignement au privé, le financement de la recherche fondamentale (moins important que celui de la recherche appliquée), le décret inscriptions, la régionalisation de l'enseignement, le service minimum pour éviter que les grèves tombent en périodes d'examens. Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Enseignement supérieur, a donc été le plus ciblé. Il a défendu sa réforme, rappelant qu'elle constituait la première de deux étapes, la seconde, "dont l'échéance est 2016, concerne le financement" et insistant : "Nous connaissons un taux de redoublement, en secondaire, qui en fait une spécificité en Europe. Mais notre enseignement supérieur et universitaire est l'un des meilleurs. Ce qui compense les résultats obtenus au niveau du secondaire." Muriel Gerkens est la seule à s'être déclarée non favorable à la formule d'ouverture de l'enseignement supérieur ou universitaire au privé. "Parce que l'enseignement relève de la responsabilité de l'Etat, et que la dépendance à des budgets privés peut influencer la qualité et l'objectif de la recherche." Melchior Wathelet n'est pas partisan de la régionalisation de l'enseignement "parce que le lien entre francophones est fondamental. On ne peut pas faire de distinction entre les francophones de Bruxelles et ceux de Wallonie. Mais la Wallonie ne doit pas toujours payer pour Bruxelles. Il faut rééquilibrer. Bruxelles, c'est tout de même 20 % du PIB de la Belgique. Christine Defraigne a rappelé la proposition du MR d' "abaisser à 5 ans l'âge de l'obligation scolaire" et "l'instauration d'un CEB, en fin d'école primaire, qui soit un vrai test, pas ce qu'il est aujourd'hui, et un tronc commun de matières en secondaire jusque 14 ans."

Sur l'avenir de la Belgique ? Les quatre sont c'accord : "Ce n'est pas du côté francophone que ça se joue. La clé est entre les mains de l'électeur flamand." Précisions des uns et des autres : "Si on travaille ensemble, la N-VA ne sera pas aussi forte que certains l'espèrent ; Mais, évidemment, quand j'entends le MR dire ''nous sommes proches des idées économiques de la N-VA...'', assène Gerkens. Defraigne réplique : "Que ce soit clair : nous, nous souhaitons que la NVA se casse la figure au soir du 25 mai. Il faut un gouvernement fédéral sans la N-VA. Le nationalisme, c'est l'ennemi du libéralisme." Wathelet rajoute : "Il y a deux chiffres à garder en tête. D'abord, 44 : la majorité du groupe linguistique flamand. Oui ou non, NV-A et Vlaams Belang l'atteindront-ils ? Mais le 2e chiffre me rend optimiste : 1 milliard. 1 milliard d'euros. C'est ce qu'ont coûté au pays, en financement de la dette, les 541 jours de la crise d'après élections 2010. Je pense que personne, en Flandre, n'a envie de perdre à nouveau autant d'argent. Donc, je pense que la N-VA ne sera pas au fédéral. Elle fera d'ailleurs tout pour ne pas y être, comme après 2010. Et de toute façon, la N-VA n'est pas le maître du monde ni de la Belgique."

Fin du débat. Nouveau vote des étudiants.

Verdict : MR 47%, cdH 43 %, PS 4 %, Autres 4%. Ecolo 2%. Soit un boost extraordinaire de Melchior Wathelet et un effondrement pour Ecolo. Dans un contexte particulier (majorité d'étudiants MR, hostilité PS à cause du décret Marcourt, absence de militants et intervenants PTB), le résultat est instructif.

Prochain débat : jeudi 4 avril, à l'ULB. Avec Didier Reynders (MR) ; Joëlle Milquet (cdH), Laurette Onkelinx (PS), Didier Gosuin (FDF) et Evelyne Huytebroeck (Ecolo). Modérateur : Olivier Mouton.

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