Caroline Van Wynsberghe
Caroline Van Wynsberghe
Politologue, maître de conférences UCLouvain.
Opinion

16/11/12 à 11:40 - Mise à jour à 11:40

100% des électeurs de la N-VA ont voté pour la N-VA

L'antienne "les électeurs de la N-VA ne sont pas tous séparatistes" est connue, mais n'a pourtant jamais été décortiquée. Elle sous-entend deux affirmations qui sont loin d'être des évidences. Tout d'abord les motivations du vote seraient connues. Ensuite, cela signifierait que les politiques menées le seraient en prenant en compte ces motivations. Rien n'est moins faux ou incertain.

100% des électeurs de la N-VA ont voté pour la N-VA

© Pieter Jan Vanstockstraeten/photo news - Jan Van Der Perre/Reporter

Le premier point est lié au vote secret et anonyme. L'acte que pose l'électeur est de noircir une case sur un bulletin. Il ne transmet aucun message, contrairement à ce que certains prétendent croire. Les rapports de force entre les partis sont les seules données connues le soir des élections.

Les motivations du vote sont variées. Plusieurs modèles ont été développés à travers le temps. D'une explication déterministe liée à l'environnement (la famille, la classe sociale, l'identification partisane,...), nous sommes progressivement passés à des modèles basés sur les individus et leurs préférences, notamment le modèle de l'électeur rationnel qui voterait selon un calcul économique, ou encore celui du vote stratégique (par exemple le "vote utile"),... Mais les motivations peuvent être tout sauf rationnelles également. Le seul moyen de les connaître est de réaliser des enquêtes post-électorales rigoureuses (cfr. les travaux récurrents du piop - piop.be), dont les résultats ne sont pas disponibles au moment de finaliser l'accord de gouvernement.
Pour cette raison triviale, nous pouvons démonter la deuxième affirmation : les motivations du vote ne sont pas prises en compte par les mandataires lors de l'établissement de l'agenda politique et de la définition des politiques publiques. Par ailleurs, sans doute vote-t-on moins aujourd'hui pour un programme qu'en fonction des talents de communicateur d'un candidat. L'indépendance relative de l'élu est ainsi désormais large, puisque le mandataire est moins lié par un texte programmatique que par des paroles. Les actes qu'il posera ne seront pas une réponse à des besoins ou des demandes spécifiques des électeurs mais correspondra plus à une posture médiatiquement payante.

Ce n'est pas un scoop, 100% des électeurs de la N-VA ont voté pour la N-VA, endossant ainsi son programme qui annonce clairement la volonté de tendre vers le confédéralisme. Mais la N-VA n'est pas le seul parti à reprendre cette revendication. Outre le CD&V, l'Open VLD l'a également inscrite dans son programme de 2010 dans une formulation d'ailleurs quasiment identique au programme chrétien. En juin 2010, près de 45% des électeurs belges ont voté pour des partis confédéralistes (ou purement séparatiste dans le cas du VB), ce qui représente 78% des parlementaires du groupe linguistique néerlandais à la Chambre.
Les motivations du vote ne comptent pas, seuls le nombre de voix importe. Toute tentative de relativiser ces chiffres n'est pas de nature à envisager l'avenir avec optimisme (ce qui est une question relative et donc absurde pour une analyste politique), mais relève de la politique de l'autruche.

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