2016 : une année charnière pour Bachar el-Assad

05/04/16 à 15:10 - Mise à jour à 15:34

Affaiblissement des groupes rebelles armés, reprise de Palmyre et soutien infaillible de Vladimir Poutine : les signes qui tendent à confirmer le redressement de Bachar el-Assad s'accumulent en ce début d'année. Cette inversion des rapports de force permettra-t-elle pour autant au régime de Damas de reprendre définitivement la main dans le conflit? Tentative de réponse avec Paul Delmotte, ancien professeur de politique internationale à l'Ihecs.

2016 : une année charnière pour Bachar el-Assad

© Reuters

Qualifié de tyran sanguinaire par la quasi-totalité de la Communauté internationale il y a encore quelques mois, l'homme fort de Damas s'impose à nouveau comme un acteur incontournable dans la lutte contre l'Etat islamique. Galvanisée par le soutien de Moscou et la trêve conclue avec l'opposition syrienne à la fin février, l'armée régulière syrienne autrefois en déroute enchaîne les succès militaires, pour se retrouver aujourd'hui aux portes de l'Irak. "Il est clair que nous sommes à un tournant dans cette guerre avec d'un côté Bachar-Al-Assad qui reprend du mordant et de l'autre, l'Etat islamique qui perd du territoire chaque jour" nous dit Paul Delmotte, spécialiste du monde arabe et professeur de politique internationale à la retraite. Ce qui ne l'empêche pas de rajouter : "De là à dire que le régime de Damas reconquerra la totalité du territoire syrien dans l'année, je ne m'y risquerais pas."

L'étau se resserre autour de l'Etat islamique

2016 n'a pas commencé sous les meilleurs auspices pour Daesh. Après la perte des villes stratégiques de Ramadi, Tikrit, Sinjar et Kobané l'année dernière, la prise de Palmyre par le régime ouvre les portes du grand désert qui le sépare de l'Irak . La mort d'Abdel Rahmane al-Qadouli, numéro deux de l'Organisation et responsable des finances, a également été qualifiée par le Pentagone de " coup de frein aux capacités de l'EI à conduire des opérations en Irak et en Syrie, ainsi qu'à l'étranger pour l'Etat islamique".

Malgré cette accumulation de faits favorables à Damas, M. Delmotte reste prudent : "La conquête de Palmyre est certes, une victoire symbolique importante, mais elle ne constitue pas un succès stratégique en soi. Cette petite ville perdue au milieu du désert ne fait pas partie de la Syrie que je qualifierais "d'utile", celle que Bachar Al-Al-Assad doit réellement reconquérir. Du reste, pour le régime, Palmyre n'a toujours été qu'un moyen de capter l'intérêt et l'émotion des Occidentaux et, au même titre que Ramadi, la prise de cette ville est plus symbolique que stratégique."

Il n'empêche, la pression autour de l'Etat islamique s'accroît de jour en jour : au nord de la Syrie avec la ville de Raqqa, "capitale" syrienne du Califat entourée par les Kurdes, plus au Sud avec la reconquête de Palmyre et à l'Est avec l'armée irakienne qui s'approche de Mossoul. Sans compter les avancées de l'armée régulière syrienne à l'ouest. Au total, ce serait près de 3000 km2 perdus depuis l'instauration du Califat en 2014.

Poutine seul maître du destin de Bachar el-Assad ?

Malgré le retrait annoncé de ses troupes à la mi-mars, Poutine continue de placer ses pions sur l'échiquier syrien. Après avoir négocié une trêve entre Damas et les groupes rebelles armés aux côtés des Américains, il concentre désormais davantage ses frappes sur les positions de Daesh (une première depuis le début l'intervention il y a six mois).

Pour autant, ce soutien n'est pas sans condition et des signes d'agacement sont de plus en plus perceptibles du côté du Kremlin. Parmi les reproches formulés, l'intransigeance diplomatique du président syrien. Si Poutine croyait que la nouvelle donne stratégique et militaire de son protégé l'encouragerait à tenter d'améliorer son image sur la scène internationale, Bachar el-Assad semble quant à lui peu enclin à le faire, celui-ci ne montrant aucune souplesse au sujet d'une possible issue politique du conflit.

M. Delmotte analyse comme suit le soutien apporté par Poutine : "Ce qui intéresse la Russie par-dessus tout, c'est de sauver les institutions et surtout l'armée syrienne."

Se basant sur le cas de l'intervention russe en Afghanistan en 1979, il poursuit : "Moscou montre à nouveau qu'il ne lâche pas les régimes qui lui sont favorables. Mais en réalité, Poutine n'a que faire du sort personnel de Bachar el-Assad. Je ne serais donc pas étonné que des choses surprenantes arrivent s'il devenait gênant pour les objectifs de la Russie. Rappelons-nous de l'assassinat du président afghan Hafizullah Amin, qui avait destitué un président "proche" de l'ex-URSS au lendemain même de l'intervention soviétique dans ce pays. "

Si Bachar el-Assad est clairement dans une position plus confortable qu'il y a quelques mois, son destin n'en reste pas moins lié aux volontés du Kremlin. Comme s'il était assis sur un bombe que seul Poutine peut désamorcer, il tente de reconquérir son pays en espérant faire partie de la transition politique qui suivra la fin du conflit syrien.

Si vous désirez aller plus loin : voir l'article de René Backmann pour Médiapart

Par Nicolas Claise

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